Mode Locrien : comment faire sonner le mode de si

Dans cet article issu du guide des modes musicaux (et après avoir vu les dorien, aeolien et phrygien), nous allons nous intéresser au dernier et plus décrié des modes diatoniques mineurs : le mode locrien !

Le mode locrien en bref

Image du mode locrien (mode de si) en tonalité de La sur la portéeImage de la structure intervallique du mode locrien (mode de si)

Image du mode locrien (mode de si) en tonalité de La sur le tonnetz

Le mode locrien sur le Tonnetz, en tonalité de La

  • Nom :
    • mode de si (nom moderne)
    • mode locrien (nom courant)
    • mode mixolydien (nom antique, désuet)
    • mode Qablitum (nom sumérien)
  • Échelle : Diatonique
  • Intervalles caractéristiques du mode : m2 et ♭5 (mais principalement le degré V diminué qui le distingue de tous les autres modes diatoniques)

Harmonisation du mode de Si

3 sons 4 sons  Intervalles constituants  Sur le tonnetz
i° (dim)  [ou m7b5 ]  -7b5
♭II Δ [ou M7, maj7 accord maj7  accord de 7e majeure - tonnetz
♭iii -7 [ou m7, min7] accord min7  accord mineur 7 - tonnetz
iv -7 [ou m7, min7] accord min7  accord mineur 7 - tonnetz
♭V Δ [ou M7, maj7 accord maj7  accord de 7e majeure - tonnetz
♭VI 7  accord de dominante - tonnetz
♭vii -7 [ou m7, min7] accord min7  accord mineur 7 - tonnetz

Astuces et particularités de ce mode

  • Avant tout, le mode locrien est un mode mineur. On le sait grâce à son IIIe degré qui est mineur (noté ♭iii). On peut facilement trouver ce mode en partant de la gamme mineure naturelle et en abaissant d’un demi-ton la seconde et la quinte. Et il ne faut pas le confondre avec le mode phrygien qui possède lui aussi une seconde mineure mais une quinte juste.
  • Le locrien est le seul mode diatonique qui comporte un Ve degré diminué (noté ♭V). Et justement, dû à son ♭V, il ne peut pas s’improviser en utilisant une simple gamme pentatonique et les cadences ♭VΔI⌀ ou ♭IIΔI⌀ n’affirme plus du tout la tonalité.
  • En revanche, notons qu’il possède tout de même une quarte juste, ce qui est un élément fort de consonance.
  • L’intervalle harmonique de seconde mineure entre les degrés I et ♭II produit une dissonance disgracieuse. On évitera de les faire sonner en même temps si on ne veut pas trop se prendre la tête (adieu les accords sus2 sur le degré I).
  • Harmoniquement, réaliser une progression I⌀♭IIΔ est risqué : le I attire fortement le ♭IIUn peu comme si le degré I refusait d’être tonique… Pourquoi ?
    • Parce que notre oreille est habituée à la gamme majeure (dont la tonique commence sur notre ♭II) et recherche constamment la stabilité et la consonance. En harmonie classique et plus généralement en musique occidentale, la musique est affaire de tensions et résolutions. Et ici avec un ♭II et ♭V, le locrien a du mal à se résoudre naturellement sur la tonique. C’est pour ça qu’il est bien moins utilisé que les 6 autres modes.
    • On évitera donc de jouer l’accord ♭IIΔ
  • Mélodiquement, réaliser un phrasé ascendant vers la tonique est également risqué, pour les mêmes raisons.
    • Mais de manière descendante, le phrasé mélodique peut facilement ressembler à du phrygien, plus aisé à l’écoute.
    • On peut aussi contourner le problème en utilisant des mouvements mélodiques disjoints et en évitant le ♭II
  • Avec une approche plus modale que tonale, vous pouvez jouez le mode locrien sur un accord m7♭5. L’utilisation du mode locrien sera d’autant plus justifié et amené de manière fluide si l’un des accords qui précède ou qui suit l’accord m7♭5 peut aussi faire partie de ce mode.
  • En jazz, toutes ces particularités font que ce mode sera généralement utilisé pour créer une tension passagère sur un accord mineur sans quinte ou lorsque la grille harmonique passe par un accord diminué (VIIe degré en majeur ; IIe degré en mineur)
  • En metal, le locrien partage 5 notes communes avec la gamme diminuée demi-ton/ton. On peut facilement moduler entre les deux. De ce point de vue, le locrien est une manière intéressante d’étendre la palette d’expression d’une compo de death metal basée sur la gamme diminuée demi-ton/ton.

 

Quelques accords et cadences notables

  • I⌀ (ou m7♭5)
  • Im7♭5sus4
  • I⌀ – ♭VIIm7 – I⌀ – ♭VIIm7
  • ♭V/I – ♭VI/I – ♭VIIm/I – ♭V/I (avec un bourdon sur la tonique)

 

Couleurs du mode locrien

  • Difficile à faire sonner et rarement utilisé parce que de sonorité instable. Il sonne très étrange, j’irais même jusqu’à dire « suspect » (genre le mec au chapeau tapi dans l’ombre qui vous guette). Il est principalement utilisé en jazz et en métal, plus rarement en rock avec une approche modale.
  • En raison de ses dissonances, il s’agit du mode diatonique considéré comme le plus sombre. On le qualifie d’ailleurs de « sur-sur-mineur » en raison de sa quinte diminuée et de sa seconde mineure qui le rendent plus « sombre » que le phrygien, lui-même plus sombre que l’aeolien (d’où le sur-sur-mineur ; cf. Abromont p.205)
  • Cet aspect sombre est parfait pour jouer des riffs ou solo de metal bien malsain quoiqu’encore mélodieux avec une grosse disto.

 

Exemples

 

Comment aller plus loin :

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